Le conte du serpent vert – Goethe (texte)

Première image

Au bord du grand fleuve, fatigué des efforts de la journée, le passeur dormait. Au beau milieu de la nuit, quelques éclats de voix le réveillèrent, il entendit que des voyageurs désiraient passer sur l’autre rive.

Il vit deux feux follets qui se disaient fort pressés d’être déjà sur l’autre bord.

Sans perdre de temps, le passeur quitta la berge.

-La barque chancelle ! cria le passeur et si vous ne vous calmez pas, elle peut chavirer ; asseyez-vous follets que vous êtes !

Ils éclatent d’un grand rire et se montrent encore plus agités.

Finalement, ils arrivent sur l’autre rive.

 

-Voilà pour votre peine ! s’écrièrent les voyageurs et, en se secouant, ils semèrent dans la barque humide un grand nombre d’étincelantes pièces d’or.

-Au nom du ciel, que faites-vous ? s’écria le passeur ; vous m’exposez au plus grand malheur ! Si une seule pièce d’or était tombée à l’eau, le fleuve, qui ne peut souffrir ce métal, aurait soulevé des vagues épouvantables et nous aurait engloutis ; reprenez votre argent !

-Nous ne pouvons rien reprendre de ce que nous avons fait tomber, répliquèrent-ils.

Le passeur se baisse pour rassembler les pièces d’or dans son bonnet.

 

-En plus de les ramasser, vous me forcez à les porter sur la rive et à les enterrer.

Les feux follets s’éloignent.

 

-Et mon salaire ? dit le passeur.

-Qui refuse l’or peut travailler pour rien, s’écrièrent les feux follets.

-Vous devriez savoir qu’on ne peut me payer qu’en fruits de la terre.

-Des fruits de la terre ? Nous les dédaignons et n’y avons jamais goûté.

-Et pourtant, je ne puis vous laisser partir avant que vous n’ayez promis de me livrer trois choux, trois artichauts et trois gros oignons.

Les feux follets promirent de satisfaire prochainement l’exigence du passeur, qui les laissa partir et quitta le bord.

Il était déjà loin quand ensemble ils crièrent :

-Ohé, écoutez ! Nous avons oublié le plus important.

Mais il était déjà parti et ne les entendit pas. Il s’était laissé porté par le courant le long de la même rive, pour enfouir en aval cet or dangereux, dans une région montagneuse que l’eau ne pourrait atteindre.

Il trouva une faille profonde, y déversa les pièces et s’en retourna.

Deuxième image

Dans cette fissure se trouvait le beau serpent vert que le tintement de l’or tira de son sommeil.

Dès qu’il aperçut les pièces brillantes, il les avala avec avidité.

A peine les avait-il avalées qu’il sentit l’or fondre dans ses entrailles et se répandre dans son corps tout entier ; il remarqua à sa plus grande joie qu’il était devenu transparent et lumineux.

Il parcourut la contrée sauvage et déserte et aperçut au loin une lueur semblable à la sienne.

Là s’ébattaient nos deux feux follets.

Les feux follets le frôlent, bondissent par-dessus lui en riant.

 

Le serpent se sentait bien mal à l’aise en présence de ces parents de la verticale lui qui devait se courber vers la terre pour se déplacer à l’horizontale.

Mais les feux follets se secouèrent en riant et autour d’eux tomba une grande quantité de pièces d’or que le serpent avala précipitamment.

Les feux follets après une légère révérence s’éloignent.

 

Profitant de sa propre lumière, le serpent se dirigea dans les failles des rochers où souvent il allait et venait.

Il y avait fait une étrange découverte.

Troisième image

Il avait découvert, dans un rocher fermé de toutes parts, une rotonde pleine d’objets mystérieux. Plein d’étonnement et de respect, il leva les yeux vers une niche brillante dans laquelle se dressait la statue d’or pur d’un roi vénérable.

Le roi d’or est enveloppé d’un simple manteau et une couronne de chêne ceint sa chevelure.

 

-D’où viens-tu ? demanda le roi d’or.

 

-Des gouffres où l’or demeure.

 

-Qu’y a-t-il de plus splendide que l’or ?

 

-La lumière. Répondit le serpent

 

-Qu’y a-t-il de plus réconfortant que la lumière ? demanda-t-il encore.

 

-L’échange de paroles, lui fut-il répondu.

 

Le serpent se déplaça vers la niche voisine où était assis un roi d’argent.

Il est couvert d’un riche vêtement, paré d’une couronne, d’une ceinture et d’un sceptre ornés de pierreries.

 

Puis il découvrit un troisième roi qui était de bronze.

Il s’appuie sur une massue, couronné de lauriers.

 

Le serpent allait s’approcher du quatrième roi quand s’avança un homme dont la lampe illuminait le dôme d’une clarté merveilleuse.

 

-Pourquoi viens-tu, puisque nous avons de la lumière ? demanda le roi d’or.

 

-Vous savez que je ne dois pas éclairer l’obscurité.

-Est-ce la fin de mon règne ? demanda le roi d’argent.

 

-Tard ou jamais, répartit le vieux à la lampe.

 

-Quand me lèverais-je ? demanda le roi d’airain.

 

-Bientôt, répondit le vieux.

 

-Avec qui dois-je faire alliance.

 

-Avec tes frères aînés, dit le vieux.

 

-Que deviendra le plus jeune ?

 

-Il s’assiéra, dit le vieux.

 

-Je ne suis pas fatigué, s’écria le quatrième roi.

Le quatrième roi se tient debout. Des veines d’or et d’argent sillonnent irrégulièrement la masse de bronze et lui donnent un air déplaisant et pataud.

 

-Combien de secrets connais-tu ? demanda le roi d’or.

-Trois, fit le vieux.

-Quel est le plus important, demanda le roi d’argent.

-Celui qui est révélé, dit le vieux.

-Veux-tu nous le dévoiler, à nous aussi ? demanda le roi d’airain.

 

-Dès que je saurai le quatrième, dit le vieux.

-Que m’importe ! grommela le roi composite.

-Je connais le quatrième, dit le serpent, qui s’approcha du vieil homme et lui siffla quelque chose à l’oreille.

-Les temps sont venus ! s’écria le vieux d’une voix puissante.

Le temple résonne, les statues sonnent et au même moment, le vieux s’enfonce vers l’occident et le serpent vers l’orient.

Quatrième image

 

Le vieux rentra chez lui et trouva sa femme dans la plus grande affliction.

-Comme je suis malheureuse !

-Qu’est-il donc arrivé ? demanda le vieux très tranquille.

-Deux turbulents voyageurs se sont présentés à la porte. A peine entrés, ils ont léché tout l’or des murs. Devenus plus grands et plus larges, ils se sont secoués et fait tomber une multitude de pièces d’or ; vois comme elles brillent encore sous le banc.

Mais quel malheur ! Notre carlin en a avalé quelques unes et regarde, il est là, mort, pauvre petit chien ! De plus j’ai promis de payer leur dette auprès du passeur.

-Que doivent-ils ?

-Trois choux, trois artichauts et trois oignons à porter au fleuve dès l’aube.

-Tu peux leur faire ce plaisir, à l’occasion, ils nous rendront service à leur tour.

-Je n’en sais rien, mais ils l’ont promis et juré.

L’homme recouvre les braises de l’âtre et sa lampe brille du plus bel éclat.

 

Les murs se revêtirent d’or et le carlin fut changé en onyx, une pierre des plus précieuses.

-Prends ta corbeille, dit le vieux, mets-y l’onyx, dispose autour trois choux, trois artichauts et trois oignons et porte-les au fleuve.

Vers midi, demande au serpent de te faire traverser et va rendre visite à la belle Lilia. Apporte-lui l’onyx, sa main lui rendra la vie en le touchant.

Dis-lui de ne pas s’affliger, sa délivrance est proche, car les temps sont venus.

Cinquième image

 

Il fait jour, la vieille marche vers le fleuve. Son panier est lourd.

Elle s’arrête soudain épouvantée car l’ombre du géant s’allonge jusqu’à ses pieds.

Celui-ci vient de prendre son bain dans le fleuve.

Il salue la vieille et plonge ses mains dans la corbeille pour y prendre un chou, un artichaut et un oignon pour les porter à sa bouche.

A la suite de quoi, il remonte le long du fleuve.

 

La vieille hésite puis continue sa route et arrive sur la rive du fleuve.

 

Elle reste assise longtemps à attendre le passeur.


Sixième image

 

 Celui-ci arriva finalement en compagnie d’un noble et beau jeune homme.

-Que m’apportez-vous ? s’écria le passeur.

-Ce sont les légumes que vous doivent les feux follets, dit-elle.

-Il en manque, je ne dois rien accepter avant d’en avoir remis un tiers au fleuve mais il existe un moyen : reconnaissez par engagement votre dette vis-à-vis du fleuve et j’accepte les six légumes : mais cela comporte quelques dangers.

-Mais si je tiens parole, je ne cours aucun risque ?

-Pas le moindre. Plongez votre main dans le fleuve et promettez de vous acquitter de votre dette dans les 24 heures.

La vieille plonge sa main dans le fleuve, sa main devient noire comme du charbon.

 

-Voilà qui est encore pire ! Ma main est toute noire et beaucoup plus petite que l’autre !

-Simple apparence pour le moment, mais si vous ne tenez pas parole, réalité certaine ! Votre main diminuera peu à peu jusqu’à disparaître tout à fait.

-Je tiendrai parole pour être bientôt débarrassée de ces soucis !

La vieille court pour rattraper le jeune homme qui pensif chemine sur la rive. De ses épaules pend un manteau de pourpre, il marche pied nus.


Septième image

 

-Vous allez trop lentement pour moi, monsieur. Je ne voudrais pas manquer le moment favorable pour passer le fleuve sur le serpent vert et aller voir la belle Lilia.

-Vous allez chez la belle Lilia ! Alors nous suivons le même chemin. Qu’est-ce que vous lui apportez ?

La vieille lui montre le carlin.

Ils cheminent ensemble en se faisant des confidences et arrivent  devant l’arche majestueuse du pont. Ils s’en émerveillent.

Ils s’y engagent avec respect et traversent sans un mot.

A peine sont-ils sur l’autre bord que le pont se met à bouger et le serpent reprend sa forme habituelle.

Les feux follets se joignent à la compagnie, chuchotent avec le serpent.

Huitième image

 

Dans le jardin de la belle Lilia qui joue de la harpe.

La vieille s’approche avec ravissement.

 

-Quel bonheur de vous regarder ! Dans vos bras qui entourent cette harpe, quelle douceur ! dit la vieille.

-Ne m’afflige point avec tes louanges ! Je ne ressens que plus vivement mon malheur.

-Courage belle Lilia, ressaisissez-vous ! Mon mari vous fait dire que les temps sont venus. En vérité le monde est sans dessus dessous. Voyez ma main comme elle est devenue noire ! Pourquoi ai-je été si complaisante avec les feux follets, pourquoi ai-je rencontré le géant et plongé ma main dans le fleuve ?!

Ne pourriez-vous pas me donner un chou, un artichaut et un oignon ?

-Des choux et des oignons à la rigueur, mais tu ne trouveras pas d’artichauts. Les plantes de mon jardin ne portent ni fleurs ni fruits.

 

La vieille regarde sa main, s’apprête à reprendre son panier et repartir en toute hâte, lorsqu’elle a l’impression d’avoir oublié l’essentiel. Elle sort le chien du panier et le dépose non loin de la belle.

 

-Mon mari vous envoie ce souvenir : vous savez que vous pouvez le ranimer en le touchant,

La vieille prend congé lorsqu’arrive le serpent vert.

 

-La prophétie du pont est accomplie, dit le serpent. Demandez à cette brave femme avec quelle splendeur l’arche apparaît à présent !

-Je vous en félicite, dit la belle Lilia, mais je ne crois pas la prédiction encore accomplie.

-Quoi qu’il en soit, reprit le serpent, le temple est bâti.

-Mais il ne s’élève pas encore au bord du fleuve, répartit la belle.

-Il repose dans les profondeurs de la terre. J’ai vu les rois et je leur ai parlé.

-Mais quand se lèveront-ils ? demanda Lilia.

-J’ai entendu retentir dans le temple la grande parole : « Les temps sont venus. »

-Voici la deuxième fois aujourd’hui que j’entends ces mots heureux. Quand viendra le jour où je les entendrai par trois fois ?

Elle se lève. Arrive une servante qui emporte sa harpe. Une autre remporte le siège, une troisième se tient prête avec une ombrelle.

La belle Lilia se penche vers le carlin, le touche et d’un saut, il est sur ses pattes.

Elle le laisse courir, le chasse pour le rappeler aussitôt jouant gentiment avec lui.

 

Arrivée du triste jeune homme.

 

La belle Lilia serre contre elle le carlin et l’embrasse.

Le jeune homme est désespéré.

 

-Moi qui vis en ta présence mais séparé de toi, peut-être pour toujours, dois-je supporter de voir cet avorton gagner ta tendresse ? Non ! Si les pierres peuvent reposer sur ton sein, que je devienne pierre ! Si ton contact donne la mort, alors que je meure de tes mains !

En prononçant ces mots, il s’élance vers elle.

Elle tend les mains en avant pour le retenir mais ne l’en touche que plus tôt. Il perd connaissance sans vie.

 

De son corps souple, le serpent décrit un large cercle autour du jeune homme saisissant le bout de sa queue avec ses dents, immobile.

 

Une servante apporte le siège et l’invite à s’assoir.

Une autre apporte un voile couleur de feu et couvre la tête de sa maîtresse.

Une autre lui apporte sa harpe et la belle joue.

La première servante apporte un miroir.

Puis la harpe échappe des mains de la belle qui pleure.  

 

Neuvième image

 

-Qui nous amènera l’homme à la lampe avant le coucher du soleil ? Siffla le serpent. Courez chercher les feux follets, ils pourront trouver votre mari et nous l’envoyer.

Elle sort.

Mais le vieil homme arrive à cet instant.

 

-Quel bon esprit t’envoie au moment où nous avons tant besoin de toi ? Dit le serpent.

-C’est l’esprit de ma lampe qui me pousse, dit le vieux. Sois tranquille belle enfant ; un homme seul ne peut rien, mais il doit s’unir à beaucoup d’autres à l’heure propice.

Le soleil se couche, l’obscurité augmente.

La vieille revient avec les feux follets qui essayent d’égayer la belle.

 

-Nous voilà réunis à l’heure propice, dit le vieux. Que chacun accomplisse sa tâche.

Le serpent alors rompt le cercle et glisse lentement vers le fleuve.

 

Passage vers l’autre côté du fleuve…


Dixième image

 

De l’autre côté du fleuve.

Le serpent est de nouveau en cercle autour du jeune homme étendu.

 

-Qu’as-tu décidé ? Demande le vieil homme au serpent.

-De me sacrifier avant d’être sacrifié ; promets-moi de ne laisser aucune pierre sur le rivage.

-C’est promis. Puis se tournant vers la belle Lilia.

Touche le serpent de la main gauche et ton bien aimé de la droite.

La belle Lilia s’agenouille et les touche.

A l’instant même, le jeune homme revient à la vie et s’assied.

Elle va pour l’étreindre, mais le vieux la retient, aide lui-même le jeune homme à se relever et sortir du cercle.

 

Le jeune homme debout semble tout regarder sans y prendre part.

 

Le serpent s’est métamorphosé. Son corps est brisé en mille pierres étincelantes.

Le vieux et sa femme recueillent les pierres dans la corbeille, vont vers la rive et laissent tomber le contenu dans le fleuve.

 

-Messieurs, dit le vieux aux feux follets, je vais maintenant montrer le chemin, mais vous nous rendriez un grand service en ouvrant la porte du sanctuaire.

Ils partent en cortège, le vieux devant, les feux follets ferment la marche.

 

Ils arrivent devant la porte d’airain.

 

Le vieux invite les feux follets à lécher la serrure et dévorer la serrure de leurs flammes.

 

 Onzième image

 

L’airain retentit majestueusement et l’on découvre les statues des rois.

Chacun s’incline devant eux, en particulier les feux follets avec des révérences burlesques.

 

-D’où venez-vous ? dit le roi d’or.

-Du monde, dit le vieux.

-Où allez-vous ? demanda le roi d’argent.

-Dans le monde, dit le vieux.

-Que venez-vous faire chez-nous ? demanda le roi d’airain.

-Vous accompagner, dit le vieux.

Les feux follets se font chasser tour à tour par le roi d’or, puis d’argent, passent vers le roi d’airain et se faufilent vers le roi composite.

 

-Qui va régner sur le monde ? demande le roi composite.

-Celui qui tient debout sur ses pieds, répond le vieux.

-C’est donc moi ! dit le roi composite.

-Cela va se révéler, dit le vieux, car les temps sont venus.

La belle Lilia se jette au cou du vieil homme et l’embrasse.

 

-Je te remercie mille fois car c’est la troisième fois que j’entends cette parole prophétique, dit-elle.

Elle s’agrippe au vieux car le sol s’ébranle sous leurs pieds.

Les profondeurs de la terre semblent s’ouvrir.

Un étrange vacarme retentit, des craquements, le temple est ébranlé comme un navire qui s’échoue. Les femmes errent dans la pénombre, le vieux et le jeune homme sont recouverts par les débris.

Douzième image

 

Un splendide petit temple s’élève maintenant au milieu du grand, comme un autel, digne d’un sanctuaire.

Montant par un escalier intérieur, le jeune homme s’approche éclairé par le vieil homme et soutenu par le passeur vêtu d’une tunique blanche et tenant une rame d’argent.

 

La belle Lilia gravit les marches extérieures qui conduisent à cet autel, la vieille dont la main n’a cessé de diminuer s’écrie :

 

-Faut-il que je sois frappée encore de malheur ? Parmi tant de miracles, n’y en a-t-il pas un seul pour sauver ma main ?

Son mari lui indique la porte :

 

-Regarde, le jour se lève, dépêche-toi d’aller te baigner dans le fleuve, fais-moi confiance, toutes les dettes sont remises.

La vieille se presse de sortir Le vieux se place entre Lilia et le jeune homme :

 

-La Sagesse, la Révélation et la Force règnent sur la terre.

Au 1er mot, le roi d’or se lève. Au 2ème le roi d’argent. Au 3ème, le roi d’airain, tandis que le roi composite s’affaisse maladroitement. Les feux follets s’écartent de lui.

 

Le vieil homme fait descendre de l’autel le jeune homme toujours engourdi et le mène au roi d’airain. A ses pieds, une épée que le jeune homme fixe à sa taille :

 

-L’épée au flanc gauche, la main droite libre ! cria le roi de la Force

Ils vont alors vers le roi d’argent qui incline son sceptre vers le jeune homme :

 

-Mène paître les brebis, dit-il d’une voix douce.

Le roi d’or, d’un geste de bénédiction, pose sa couronne sur la tête du jeune homme et dit :

 

-Reconnais en toute chose ce qu’elle a de plus haut !

Le jeune homme s’anime au fur et à mesure, marche d’un pas plus assuré et son premier mot est :

 

-Lilia, chère Lilia !

Il s’avance vers elle, qui est restée près de l’autel, et continue :

 

-L’homme qui a tout reçu en partage ne souhaite que l’affection de ton cœur.

Puis se tournant vers le vieil homme :

 

-Mon ami, tu as oublié la quatrième force qui gouverne le monde : la force de l’Amour.

-L’Amour ne règne pas, il crée, et c’est bien plus.

Le jour s’est entièrement levé.

Par la porte ouverte, ils découvrent un long et superbe pont dont les arches nombreuses enjambent le fleuve. Tous s’émerveillent.

Le nouveau roi et son épouse sont enchantés de cette vie et cette animation.

 

-Honore la mémoire du serpent, dit l’homme à la lampe, tu lui dois la vie. Ton peuple lui doit le pont, grâce auxquelles ces rives voisines demeureront animées et réunies.

 

Entre la vieille rajeunie. Son mari lui dit :

 

-Que tu es heureuse ! Si je suis trop vieux pour toi désormais, tu peux choisir un autre époux.

-Tu ne sais donc pas que toi aussi tu as rajeuni !

-J’accepte à nouveau la main que tu me tends et j’entrerai de tout cœur avec toi dans le prochain millénaire.

La reine souhaite la bienvenue à sa nouvelle amie, tandis que le roi encadré de l’homme à la lampe et du passeur portent leurs regards sur le pont.

 

Comme venues du ciel, des pièces d’or tombent.

Les feux follets gaspillent encore joyeusement leur or.

 

Encore aujourd’hui, le pont fourmille de voyageurs et le temple est le plus fréquenté de toute la terre.

par Johann Wolfgang von Goethe

 

Le texte du conte du serpent vert en anglais se trouve ici . . .

Le texte du conte du serpent vert en allemand se trouve ici . . .

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